lundi 26 janvier 2009 à 15h46

Jean-Luc Gréau était l’un des invités de nos dernières Universités de rentrée, ainsi qu’ Emmanuel Todd, qui plaide lui aussi pour un protectionnisme européen.

A consulter, également, dans le quotidien Le Monde, une chronique de Pierre-Antoine Delhommais, parue dans l’édition du dimanche 24 et lundi 26 janvier et le billet du 26 janvier du blog de NDA.



Jean-Luc Gréau, économiste, auteur de "L’Avenir du capitalisme"

"Le retour de la croissance doit passer par une revalorisation du travail "

Le Monde Economie lundi 26 janvier 2009

Selon la plupart des économistes, le protectionnisme a accéléré la Grande Dépression des années 1930. Vous affirmez pourtant que le protectionnisme peut être favorable à la croissance. Comment ?


Des barrières douanières pertinentes protègent de la dévalorisation du travail, qui s’est largement répandue avec la globalisation de l’économie. Le poids des pays émergents dans un contexte de libre-échange mondial a été déterminant dans la déflation salariale.


Or, la croissance ne peut pas tenir durablement sur la base d’une sous-rémunération du travail. Le travail, comme le disaient aussi bien John Maynard Keynes, Karl Marx que Joseph Schumpeter, est "le" facteur de production. S’il est sous-rémunéré, la demande ne peut plus apparaître sur le marché.


C’est la raison pour laquelle l’endettement des ménages s’est tant développé aux Etats-Unis, mais aussi au Royaume-Uni, au Pays-Bas, en Espagne, en Hongrie et même en Corée du Sud. Ce qui a créé artificiellement une demande qui, avec la crise financière, a fait long feu.


Le retour de la croissance doit passer par une revalorisation du travail, qu’un système de protections commerciales rendra possible. Des barrières douanières permettraient de contrôler les échanges de marchandises et de services, au niveau continental, en Europe, par exemple, afin de ne faciliter le commerce qu’aux pays dont les conditions sociales voire environnementales sont comparables aux nôtres.

Quand il y a une barrière douanière déterminée en fonction de l’écart de rémunération pour un même type de travail et une même productivité, on limite le dumping social et on soutient la demande interne. Il y a quelques mois, les exportations représentaient encore 45 % du produit intérieur brut (PIB) de la Chine. Pour un pays de plus de 1 milliard d’habitants, c’est tout à fait anormal.


Pourquoi le protectionnisme ne provoquerait-il pas les mêmes effets néfastes que dans les années 1930 ?


A l’époque, les deux tiers du commerce international étaient représentés par les matières premières - énergie, produits agricoles. Depuis, la structure du commerce international s’est inversée : à la fin des "trente glorieuses", les deux tiers du commerce mondial concernaient les produits manufacturés.

La question du protectionnisme ne se pose pas pour la plupart des produits primaires ni pour les biens d’équipement. Les Etats ne vont pas en limiter le négoce, ils en ont tous besoin. En revanche, la protection doit s’appliquer aux produits manufacturés et aux services intellectuels. Il ne s’agit pas d’instaurer un protectionnisme comme celui mis en place dans les années 1930, mais de renforcer sélectivement la protection commerciale à l’aide de nouveaux droits de douane.


Cela ne risque-t-il pas de conduire à un repli sur les territoires nationaux ?


La protection commerciale ne ferme pas les frontières. Elle maintient la libre circulation des investissements productifs - et donc la possibilité de conquérir des parts du marché mondial -, mais aussi celle du savoir et du savoir-faire, qui a permis un rattrapage accéléré dans de nombreux pays.

Cette protection a, en revanche, l’avantage d’empêcher la dévalorisation du travail, de rapprocher la production de marchandises de la demande à l’échelon territorial, et de permettre un meilleur contrôle de la qualité des produits. Nous serons d’autant plus attractifs que nous aurons une protection intelligente.


Comment qualifieriez-vous les plans de sauvetage au secteur automobile, par exemple ?


Ce n’est pas du protectionnisme, ce sont des mesures de sauvegarde, des réflexes de bon sens. Pour toutes les productions que nous savons faire, il ne faut pas encourager les délocalisations. Mais si la croissance ne redémarre pas rapidement, on peut s’attendre, à moyen terme, à des mesures protectionnistes préjudiciables.


Vous faites référence aux récentes mesures de rétorsion américaines ?


Oui. Les récentes hausses de droits de douane décidées par les Etats-Unis à l’encontre des produits européens comme le roquefort, les châtaignes ou autres eaux minérales, c’est du protectionnisme au sens primaire du terme. C’est un acte politique qui doit être contré par le dialogue. Les Américains savent pertinemment que l’Union européenne peut prendre des mesures de rétorsion : elle représente près de 490 millions d’habitants, un PIB supérieur à celui des Etats-Unis, avec un éventail de production et un marché énorme. Le rapport de force n’est plus celui des années 1930. Mais ce contentieux va s’atténuer, car le véritable enjeu, c’est l’écart de rémunération et l’écart social.


Propos recueillis par Anne Rodier

Article paru dans l’édition du 27.01.09

Dimanche 18 janvier 2009 à 20h59
Le Parisien, dimanche 18 janvier 2009

Que peut-on vous souhaiter pour 2009 ?


Nicolas Dupont-Aignan
 : D’être la surprise du scrutin du 7 juin prochain, il y en a toujours eu une aux élections européennes.


Ces européennes seront un premier test pour votre nouveau parti. Que pouvez-vous concrètement en attendre ?


Nous serons présents dans toute la France, notre ambition étant de mettre enfin l’Europe dans le bon sens. En 2005, les Français ont voté non à la Constitution européenne mais depuis, l’UMP, le PS, le MoDem et les Verts ont fait voter par le parlement sa copie conforme qui s’appelle le traité de Lisbonne. Le 7 juin sera une occasion historique pour les Français de rappeler à l’oligarchie qui nous gouverne, gauche et droite confondues, qu’on n’a pas le droit de bafouer le suffrage universel.

Vous ne serez pas seuls sur ce créneau...


Si, car nous, gaullistes, ne sommes pas anti-européens et nous serons parmi les seuls à dire qu’il est possible de construire l’Europe de façon différente. Nous présenterons le fameux plan B, un véritable traité alternatif avec des propositions radicalement nouvelles. Par exemple ?

Créer une Europe des coopérations à la carte car à 27 on ne peut pas tous avancer au même rythme. Nous proposons la suppression de la Commission européenne pour la remplacer par des agences thématiques, domaine par domaine.


Pourriez-vous faire une alliance avec Philippe de Villiers ?


La question n’est pas d’additionner des personnes mais de s’engager sur un projet à même de vraiment changer les choses en Europe. Or la ligne politique de Phillipe de Villiers n’est pas claire : d’un côté il critique la politique européenne de Nicolas Sarkozy, de l’autre il le soutient politiquement.


Et avec Jean-Luc Mélenchon ?

Son objectif principal semble de reconstruire la gauche mais ce n’est pas l’objet de cette élection.


L’ouverture que Nicolas Sarkozy a cherché à étendre aux villiéristes n’ira pas jusqu’à vous ?


Non. Je n’accepte pas le double langage permanent du président de la République. Il a fait campagne sur le refus de l’adhésion de la Turquie, mais pendant la présidence française, les négociations ont continué. Il parle d’Europe protectrice mais veut imposer le traité de Lisbonne qui déréglemente toujours plus. Je ne participerai pas à ce « bougisme », à cette politique du coup d’éclat permanent.


Tout est-il à jeter dans le bilan de la présidence française ?


Il y a eu de beaux discours, malheureusement on est resté dans l’apparence. Rien n’a changé sur le traité de Lisbonne et Nicolas Sarkozy se gargarise de vouloir l’imposer aux Irlandais ! Rien non plus sur le carcan de l’euro et du libre échange déloyal qui sont en train d’asphyxier nos entreprises et nos emplois. C’est pourtant l’enjeu majeur du pays.


Sarkozy n’a pas pris l’ampleur de la crise ?


Pour sortir de la crise et redresser la France il faut desserrer le corset européen et changer radicalement le fonctionnement de l’Europe. La méthode Coué peut faire croire qu’on agit, mais elle ne résout pas les problèmes : comment nos concitoyens pourraient-ils croire à la relance du crédit sans obligation contraignante pour les banques ? Je suis convaincu que la politique de show-bizz va s’effondrer et que les Français ne veulent pas du retour de la gauche. L’alternative se fera avec ceux qui ne veulent pas de cette gauche démagogique et laxiste, ni de cette droite bling-bling.


Propos recueillis par Didier Micoine

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés